Trois heures passées à la porte
La sonnette a sonné dans le vide. Il était 8h40, le 17 septembre, et Thierry Lemoine se trouvait à son poste depuis une heure déjà, mais sa scie à format tournait derrière la cloison du 42 rue de la Délivrande et il n'a rien entendu. Les deux contrôleurs sont restés sur le trottoir jusqu'à 11h25. Quand la porte s'est enfin ouverte, l'un d'eux a demandé à voir la ventilation, le stockage des solvants et l'affichage des consignes de sécurité, dans cet ordre précis, sans rendez-vous annoncé ni convocation préalable.
L'inspection a duré quatre heures. Trois autres ateliers du même pâté de maisons ont été visités le 17 ou le 18 septembre, dont un passage de l'Abreuvoir qui n'a donné lieu qu'à un avis de passage.
« On savait que ça arriverait », dit Thierry Lemoine, 58 ans, qui tient l'atelier depuis 1998. Il a reçu, comme deux de ses voisins, une mise en demeure de régulariser sa situation avant le 30 novembre. Le document tient sur deux pages et demie.
Ce que les procès-verbaux demandent
Rien de tout cela ne porte sur la qualité du travail sorti de l'atelier, et les rapports ne mettent en cause ni la précision des découpes ni la tenue des gravures : ce sont les locaux, l'air et le rangement qui sont en cause, ce qui compte pour les clients inquiets d'un retard. Chez Thierry Lemoine, deux hottes sur trois sont jugées insuffisantes pour un volume de 340 mètres cubes, et l'étiquetage de 38 bidons de colle et de vernis reste incomplet. Chez Sylvie Marchand, 51 ans, rue Saint-Pierre, c'est le stockage des chutes de contreplaqué qui pose problème, avec 1,2 mètre cube entassé contre une cloison coupe-feu, à moins de 80 centimètres d'un tableau électrique. Le rapport parle d'« accumulation non maîtrisée de matières combustibles ».
Troisième atelier visité, celui de Karim Benali, rue des Croisiers : rien de bloquant, une observation mineure sur un extincteur dont le dernier contrôle datait de février 2024, et une recommandation sur le rangement des vernis.
« J'ai passé deux heures à sortir des cartons, je préfère ça », dit-il.
Les deux mises en demeure courent jusqu'au 30 novembre. Passé ce délai, une nouvelle visite peut donner lieu à une amende administrative, dont le montant varie selon la taille de l'atelier et le nombre de salariés concernés.
Un mois pour changer d'air
Pour Thierry Lemoine, la facture estimée tourne autour de 4 200 euros, entre une hotte supplémentaire, la reprise du réseau de gaines et l'étiquetage des bidons, et comme il travaille seul avec un apprenti, la mise aux normes se fera le soir après 18h ou le samedi matin, ce qui repousse d'une dizaine de jours les commandes passées après le 20 octobre.
Il a demandé trois devis entre le 18 et le 22 septembre. Il attend encore le deuxième.
Sylvie Marchand a déjà commandé deux armoires coupe-feu, livrées le 6 octobre, pour 1 780 euros posées. Elle a aussi repoussé d'une semaine une commande de 60 plaques de plexiglas destinée à la signalétique du CHU, qui devait partir le 2 octobre. Trois jours perdus, sans que le client bronche. Un quatrième atelier, passage de l'Abreuvoir, n'a reçu qu'un avis de passage, son gérant étant en déplacement à Flers ; la visite a été reprogrammée au 9 octobre, puis décalée au 14.
Ce que change le calendrier
Les délais vont s'allonger. Sophie Bertrand, qui suit les travaux chez Haguetonchain SARL, 153 avenue de Strasbourg, a reçu quatre appels entre le 19 et le 26 septembre : trois venaient d'ateliers voisins du secteur Guillaume le Conquérant, un d'un menuisier de Mondeville, et elle estime à trois semaines le délai nécessaire pour établir un devis complet sur une mise en conformité de ventilation, ce qui reste une fourchette et non un engagement.
« Les gens confondent contrôle et sanction », dit Julie Dubois, qui prend les rendez-vous pour la même adresse. Elle a calé onze visites de locaux depuis le 22 septembre, dont deux le samedi matin, de 9h30 à 12h30 ou de 14h00 à 18h00 en semaine.
Les voisins regardent ailleurs
Tous les ateliers du quartier ne sont pas logés à la même enseigne, ceux qui ont déménagé après 2019 dans des locaux neufs, comme la zone de la Vallée Barrey à Mondeville, n'ayant pas reçu de visite du tout, leurs bâtiments disposant déjà d'une extraction conforme aux exigences du règlement en vigueur.
« On sent parfois une odeur de colle vers 15h », dit Nawel, 39 ans, qui habite rue Basse. Elle n'a jamais déposé de signalement. À la sortie de l'école Malherbe, le 24 septembre, trois parents d'élèves évoquaient la question sans y prêter vraiment attention.
La chambre de métiers et de l'artisanat du Calvados n'a pas communiqué de chiffres sur ce type de contrôle. Trois artisans rencontrés rue de Geôle disent avoir reçu, eux, un simple courrier de rappel en juin 2025, sans visite.
Rien n'indique qu'une nouvelle vague de contrôles soit programmée avant l'hiver. Les injonctions en cours suffisent à occuper les deux agents affectés au secteur.