Un lundi matin à 9h30
Le rideau du 153 avenue de Strasbourg s'est relevé à 9h30 précises le lundi 21 septembre. Sophie Bertrand, responsable des travaux, a relancé la découpeuse acrylique à 9h47, une fois la pression d'air stabilisée à 7 bars, avec trois clients déjà dans la cour, dont un restaurateur du quartier Saint-Jean venu chercher des plaques de signalétique commandées le 12 août et laissées en attente pendant tout l'arrêt.
Cinq semaines plus tôt, le 17 août, un compresseur de 2007 avait lâché. Le circuit d'aspiration des poussières de contreplaqué ne satisfaisait plus les relevés demandés par l'assurance depuis un rapport de juin.
Camille Bernard a tout arrêté plutôt que de bricoler. « On pouvait continuer deux semaines de plus, on aurait fait quatre clients mécontents et un sinistre », dit-elle.
L'atelier travaille depuis 2002. C'est la première interruption aussi longue depuis l'installation des deux premières machines.
Ce qui a été refait, et ce que ça change
Le compresseur neuf est arrivé le 4 septembre, livré par un fournisseur de Mondeville, et il a fallu percer la dalle pour l'ancrer, tirer une ligne électrique dédiée depuis le tableau du fond, puis refaire tout le réseau de gaines d'extraction jusqu'en toiture, un chantier de onze jours ouvrés mené par deux entreprises de la périphérie caennaise, l'une basée à Ifs, l'autre à Colombelles.
Pour les clients réguliers, l'effet le plus visible est ailleurs : l'aspiration capte désormais les fumées de découpe acrylique à la source. Sophie Bertrand gravait auparavant avec un masque FFP2 et une fenêtre ouverte, même en janvier.
« Là, je peux rester trois heures sur une série sans avoir la gorge qui brûle », explique-t-elle.
Le carnet de commandes n'a pas été perdu. Julie Dubois, qui gère les rendez-vous, a reporté 47 commandes sur septembre et octobre : une trentaine de plaques de porte pour des cabinets et des commerces du centre-ville, le reste en objets gravés, médailles pour un club de tennis de table de Carpiquet, plaques de remise de prix pour une association de Hérouville-Saint-Clair, un lot de 80 porte-clés pour une école de Colombelles.
Deux commandes ont été annulées.
Un client pressé, qui avait besoin de pièces pour une borne d'accueil, est allé voir ailleurs du côté de Vire. Julie Dubois l'a rappelé le 22 septembre pour lui proposer un créneau ; il n'a pas donné suite.
Les délais, commande par commande
Le délai standard est aujourd'hui de sept à dix jours ouvrés pour une découpe simple, contre cinq à six avant l'arrêt, la différence venant du rattrapage puisque les machines tournent à 80 % de leur capacité et que personne ici ne veut promettre une date qu'il faudrait décaler une seconde fois.
Pour les gravures d'objets, comptez neuf à douze jours. Une série de 200 badges pour un colloque à l'université de Caen, commandée le 19 septembre, partira le 2 octobre.
Les devis restent gratuits et partent sous 48 heures, sauf le samedi, où l'atelier ne reçoit que sur rendez-vous. Le dépôt d'un fichier se fait par courriel à [email protected], ou sur place pour ceux qui préfèrent expliquer leur projet de vive voix. Une découpe sur mesure de contreplaqué de 5 mm coûte en général entre 18 et 34 euros selon la longueur de coupe et le nombre de passages. Sophie Bertrand vérifie chaque fichier avant lancement. C'est là que se perdent le plus de jours : un trait de 0,8 mm au lieu de 1,2 mm oblige à reprendre la préparation, parfois à redemander un fichier au client. Rien de tout cela ne relève d'un métier réglementé. L'atelier ne fait ni électricité générale, ni froid, ni serrurerie du bâtiment, et ne touche pas aux véhicules.
Ce que la fermeture a coûté au quartier
Cinq semaines sans découpe, cela se voit chez les voisins. Le magasin de cadres de la rue de la Miséricorde, à 600 mètres, envoyait ici ses passe-partout sur mesure ; il a refusé quatre commandes en août et a rouvert son propre stock de formats standards.
Un menuisier de Fleury-sur-Orne venait chercher ses pièces de contreplaqué découpées pour des façades de tiroirs. Il a repris contact le 23 septembre pour une série de 60 éléments, prévue fin octobre.
« On a tenu avec de la scie à chantourner, mais c'est trois fois plus long », dit-il.
L'arrêt a aussi décalé la pose d'une signalétique intérieure dans une maison de retraite de Bretteville-sur-Odon, repoussée de septembre à novembre. Les panneaux sont gravés, pas installés : ce n'est pas le métier de l'atelier, qui livre les plaques et rien d'autre.
Reste l'aspect le plus concret pour les particuliers : les plaques de rue personnalisées, les numéros de maison, les boîtes aux lettres gravées. La demande de septembre a été plus forte que prévu, autour de 70 pièces, dont beaucoup de commandes passées pendant la fermeture par courriel et mises de côté dans une caisse au fond de l'atelier.
Horaires et accès
L'atelier ouvre du lundi au vendredi, de 9h30 à 12h30 et de 14h00 à 18h00. Le samedi, uniquement sur rendez-vous, pris par téléphone au 02 06 06 25 62 ou par courriel.
L'accès se fait par l'avenue de Strasbourg, côté cour, avec un stationnement possible le long du trottoir après 10 heures, quand la zone de livraison s'est vidée, et la ligne de tramway T2 s'arrête à la halte voisine, à quatre minutes à pied.
Les rendez-vous sont gérés par Julie Dubois, qui reçoit environ quinze demandes par jour depuis la reprise, contre huit à dix en temps normal.
Camille Bernard s'occupe des factures, des devis et des relances. Elle rappelle systématiquement les clients dont la commande a été décalée, y compris ceux qui n'ont pas relancé.
Une seule adresse compte : 153 avenue de Strasbourg, 14000 Caen. Aucun autre atelier, aucune antenne.
Un atelier, trois personnes, un carnet
Haguetonchain SARL fonctionne avec trois personnes. Camille Bernard à l'administration, Sophie Bertrand aux travaux, Julie Dubois aux rendez-vous. Personne d'autre ne travaille ici, ni à l'atelier ni au téléphone.
Cette taille impose des choix. Quand une machine s'arrête, c'est l'ensemble de la chaîne qui s'arrête, et il n'y a pas d'équipe de nuit pour compenser : dix jours de pièces perdues, cinq semaines de production en moins, un carnet à reconstituer.
Le rattrapage devrait s'achever vers la mi-octobre. Ensuite, les délais pourront redescendre, probablement autour de six à huit jours ouvrés, sans certitude sur la date exacte.
Pour l'instant, la découpeuse tourne et le carnet se remplit au rythme d'un atelier qui n'a jamais eu qu'une seule adresse. Renseignements au 02 06 06 25 62 ou à [email protected].